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D’aussi longues vacances



Amis bonjour. C’est vrai, je vous l’accorde, non seulement je suis absurde, et en plus, je fais trop souvent preuve de procrastination. J’étais tout juste rentré de vacances, qu’il a fallu que je reparte. Une folle envie de retrouver l’aventure. Partir avec mon hippopotame. Ah oui, il faudra un jour que je parle du petit baricaut que j’ai adopté et qui vit au fond de mon jardin, mais pour le moment, comme je vous avais quitté en vous promettant de vous parler de mes débuts d’écriture, alors allons-y pour les belles lettres.



Les belles lettres.


Par bonheur, déjà petit enfant, les lettres me plaisaient. Il faut dire que mon cher père avait beaucoup aimé faire des études de « Lettres modernes » Il était peintre décorateur spécialisé dans la décoration des devantures de magasins.


Ça a débuté comme ça. Ha ! « Ça a débuté comme ça », c’est déjà pris. Louis Ferdinand Céline a commencé son fameux chef d’œuvre « Voyage au bout de la nuit » avec cette phrase. Je ne me prends pas pour Céline ? J’ai le défaut de souvent digresser. Et là, je bifurque sur Mamy Céline. La deuxième femme de Destouches, Céline Almansor, ancienne danseuse étoile à l’Opéra de Paris, qui est morte dans sa cent huitième année, (Ha ! je l’avais oublié dans ma liste de centenaires) elle avait dépassé son siècle, elle aussi. Vu son grand âge, était-elle absurde ?

Donc, c’est tout petit, que je suis « tombé » dans les lettres. Tout petit, trop petit. Alors le médecin avait dit à mes parents : « Si vous voulez que votre enfant grandisse, il faut lui faire manger de la soupe »


Le problème était que je n’aimais pas la soupe. Le biberon, ça avait encore été. Je me souviens que lorsque ma mère préparait ma nourriture du premier âge, j’avais déjà un certain intérêt pour essayer de comprendre, en regardant les boîtes, ce que voulaient bien dire ces petits signes bien rangés sur des lignes.


Comprendre : G, U, I, G, O, Z, ou B, L, É, D, I, N, E, j’avais du mal. Ne vous moquez pas, Je ne savais pas encore lire. Je me souviens, lorsque que je buvais mon biberon, tout en ayant la tétine dans la bouche, j’essayais de comprendre ce que voulaient dire les graduations gravées sur le cylindre de verre, (oui les biberons plastiques n’existaient pas, c’était mieux pour la planète), ceci m’a d’ailleurs valu un certain strabisme qu’il a fallu du temps à corriger.


Pour tout vous dire, j’aurais préféré que ma mère me donne le sein. Est-ce une absurdité que de penser, qu’il n’est jamais trop tôt pour que les jeunes enfants, surtout si c’est des garçons, se familiarisent avec les charmants globes jumeaux des mamans. Ce n’est pas faute de m’être exprimé sur le sujet. Je me souviens qu’au sortir de la maternité, ma mère et moi avons eu une discussion houleuse concernant mon allaitement. Malheureusement, je n’ai pas eu le dernier mot et il a fallu que j’accepte le biberon.


De nos jours, un délicat débat comme celui-ci serait arbitré par le juge pour enfants et réglé en trois coups de cuillère à soupe. Et si l’enfant n’était pas satisfait du jugement il serait en mesure de faire appel, voire de demander des dommages et intérêts. J’en arrive donc à la soupe, Dieu sait si j’en ai soupé. Je vous l’ai dit, je n’aimais pas ça. Ma mère a tout essayé. La soupe à la grimace, la soupe aux choux, la soupe aux orties, la soupe au pistou, à l’oignon et que sais-je encore. Elle est même allée demander des recettes à un marchand de soupe qui œuvrait pour la soupe populaire. Non, rien à faire, je n’aimais pas la soupe.


Et puis un jour, mon père est rentré du travail avec un paquet de pâtes en alphabets. Il avait eu cette bonne idée. Il dit à ma mère : « Essaie donc pour le petit un potage au bouillon de légumes avec ces petites pâtes, ça va l’amuser ». Mon père avait compris que la nourriture des enfants devait être ludique. « Bof ! répondit ma mère tu ne crois pas que ton histoire de potage, ça vient comme des cheveux sur la soupe ! ». « Mais tu peux toujours essayer lança mon père ». « D’accord répondit ma mère ».


C’est ainsi que je me suis retrouvé devant une assiette brulante de potage au vermicelle d’alphabets. J’étais ébahi, amusé, curieux. Je découvrais avec bonheur le monde des belles lettres. Mes parents ne m’ont même pas dit : « Dépêche-toi, mange ta soupe pendant qu’elle est chaude ». Au passage, vous remarquerez que les parents disent toujours « Mange ta soupe » même si c’est du potage. J’étais devant une assiette remplie à profusion de belles lettres. Ces petits signes typographiques merveilleux qui vous permettent tant de belles histoires. Les majuscules, les minuscules, tous les signes de ponctuation. Celui que j’aimais le plus, c’était l’esperluette, ou le « et » commercial. Tombé en désuétude, puis redevenu à la mode depuis quelques décennies. Bref, à l’instant même, où je découvris ces petits caractères, il se passât quelque chose d’indéfinissable. J’ai commencé à sortir ces petits signes du bouillon et à les aligner sur le bord de mon assiette, à la couleur de mon esprit, sans savoir encore lire et écrire, mais c’est vrai, j’étais en avance pour mon âge. C’était plutôt comme des dessins. J’ai mis toute ces lettres les unes au bout des autres : A, B, S, U, R, D, E. Je ne savais bien sûr pas ce que ça voulait dire. Et j’ai recommencé des fois et des fois le même motif, jusqu’à en faire une guirlande tout autour de mon assiette. Et puis, j’ai mangé tout le reste qui était dans mon assiette, avec tout le bouillon, et ça faisait beaucoup. J’ai même eu envie de lécher mon assiette, mais j’ai eu peur que la guirlande tombe et puis ça ne se fait pas quand on est bien élevé. Mes parents étaient heureux, j’allais enfin grandir. Et mon père m’a dit : « C’est bien mon fils, je suis content de toi, tu vas bien grandir ». Moi je bichais comme un pou sur une boîte d’allumette, expression peu usitée de nos jours mais couramment employée au milieu du siècle dernier.


Mon père à continuer en disant : « C’est très bien, mais ça ne veut rien dure A, B, S, U, R, D, E, ». Mon père était un grand manuel, mais des mots de notre belle langue lui échappaient, ou il faisait croire. Ma mère lui a vivement répondu : « Mais Bien sûr que si ! Toi-même tu es des fois absurde ». En fait, mon père connaissait très bien ce mot mais il aimait bien faire le ballot auprès de ma mère.


J’ai donc grandi entre absurdité et ce bel intérêt pour les lettres, les mots, les phrases, qui, mises les unes au bout des autres nous donne à lire et oublier ce monde qui est si souvent A, B, S, U, R, D, E.


Allez, à bientôt

Michel

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Etre absurde, pas facile tous les jours ! Dernière mise à jour : 27 09 22. Amis bonjour, J’aime écrire absurde, décalé, bien barré, à l’ouest, en dehors de toute logique. D’abord, avant tout, Mesdam